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Elisabeth Moreno, PDG de Lenovo France : « Il faut avoir des rôles modèles féminins dans l’IT »

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Elisabeth Moreno, PDG de Lenovo France  : « Il faut avoir des rôles modèles féminins dans l’IT »

Ses modèles à elle, ce sont deux figures historiques de la lutte pour les droits de l’humanité. Nelson Mandela et Simone Veil. « J’ai énormément de respect et de considération pour les gens qui, même au plus profond de leur détresse, gardent une lueur d’espoir et continuent de penser grand pour eux et pour les autres. » Et sans avoir l’arrogance de vouloir leur ressembler, Elisabeth Moreno veut aujourd’hui tendre la main à son tour. Et autant que possible à des femmes.

En 2016, d’après le Syntec Numérique, le secteur de l’IT ne comptait que 33% de femmes salariées, et le taux tombait à 20% pour les métiers techniques. Ce qui paraît étonnant quand on sait que de 1972 à 1985, l’informatique était la deuxième filière comportant le plus de femmes ingénieures au sein des formations techniques. « Je pense que c’est dû à des facteurs plus culturels que structurels » estime Elisabeth Moreno. « Parce qu’à aucun moment quelqu’un a dit : Nous allons faire en sorte qu’il y ait moins de femmes dans les technologies. Je pense que ce sont les femmes elles-mêmes qui se sont éloignées d’un secteur qu’elles considéraient comme étant masculinisé. » L’image du geek et l’usage de l’informatique principalement dans le milieu de l’entreprise à l’époque ont contribué à détourner les femmes de ce secteur. Mais aujourd’hui, d’après la PDG de Lenovo France, les usages ont changé. Chacun est connecté à au moins trois terminaux et « à partir du moment où le numérique transforme nos vies au quotidien et que les femmes utilisent le numérique autant que les hommes elles ont autant à dire. Et de consommatrices, elles peuvent devenir actrices. »

(Crédit : Alexia Perchant pour LMI)

Si elle est aujourd’hui l’une de ces actrices dans le secteur des PC, Elisabeth Moreno n’a pas toujours voulu évoluer dans le numérique. Etudiante, elle se lance dans le droit avec des envies de partir en guerre contre les injustices de ce monde. Mais elle ressort déçue de son stage dans un cabinet d’avocats et préfère se lancer dans les affaires après son Master en droit des affaires à l’université de Créteil. Avec son mari, elle crée une entreprise dans le secteur du bâtiment qu’elle dirige pendant dix ans. « Donc autant vous dire que je suis quelqu’un de très habitué à circuler dans le monde masculin » s’amuse-t-elle.

C’est en 1998 qu’elle intègre sa première entreprise liée à l’IT, et non des moindre : France Télécom (aujourd’hui Orange). Arrivée au moment de la privatisation de l’entreprise, elle se voit confier la responsabilité des PME-PMI de la région Paris-Sud. « Et je n’ai ensuite plus quitté ce secteur parce que le numérique a, au fur et à mesure, complètement transformé le monde. Et c’est en voyant ces transformations que je me suis dit que je voulais vivre l’aventure plutôt que de la subir. »

« À l’époque je ne connaissais que Word et Excel »

Et alors qu’elle commence à se faire connaître dans ce milieu, elle est repérée par Dell. Elle en est la première étonnée puisqu’à l’époque elle ne connaissait de l’informatique que Word et Excel. A l’issue du parcours de sélection du fabricant de PC, ce dernier lui dit qu’il l’a choisie car il avait besoin d’un profil de chef d’équipes, capable de créer des synergies, plutôt que d’un technicien. En dix ans chez Dell, Elisabeth Moreno a « grimpé l’escalier, marche après marche » et est passée de la gestion des grands comptes nationaux à la direction des ventes EMEA du groupe.

(Crédit : Alexia Perchant pour LMI)

Elle rejoint Lenovo en 2012 à la direction des grands comptes en Europe du Sud et depuis 2017, elle dirige la filiale française du fabricant de PC chinois. Rétrospectivement, elle s’estime chanceuse d’avoir pu évoluer dans de grands groupes. « Dans ces structures ce qui compte, ce sont vos performances » soutient-elle. « Ce qui intéresse les grands patrons, surtout quand ils ne sont pas dans le pays où vous vous retrouvez, c’est qu’ils ont besoin de quelqu’un sur qui ils peuvent compter les yeux fermés. » Et ceci que l’on soit un homme ou un femme.

« IT is not just for geeks »

Pour la PDG de Lenovo France, c’est un devoir pour celles et ceux qui travaillent dans ces métiers d’en parler. Et le plus tôt possible pour gommer tous les clichés. Lors de ces interventions en milieu scolaire, Élisabeth Moreno répète aux jeunes filles cette punchline : « IT is not just for geeks ». « Il ne faut pas croire qu’il faut avoir fait des études absolument extraordinaires d’ingénieur etc. pour embrasser les métiers du numérique » argue-t-elle. Et de rappeler que le secteur de l’IT est l’un de ceux qui recrutent le plus, offrant le plus de CDI et qui paie le mieux.

La chef d’entreprise se rend régulièrement dans les écoles des quartiers défavorisés pour discuter avec des collégiennes « qui n’ont pas la chance d’avoir autour d’elles des rôles modèles, des gens qui peuvent les tirer vers le haut. Je suis moi-même issue de ce monde là. Je sais comment leur parler et leur donner envie d’aller tenter leur chance. »

Les équipes travaillant chez Lenovo France s’engagent également notamment auprès d’une école où ils accompagnent les jeunes depuis trois ans. En les accueillant une journée par an dans les locaux de l’entreprise, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), ou plus récemment en apportant leur aide dans les travaux de rénovation de l’établissement. « Nous avons un rôle social très important et je suis extrêmement fière de mes équipes » sourit la dirigeante.

(Crédit : Alexia Perchant pour LMI)

Chez Lenovo France, cet engagement se traduit par un comité de direction à 46% féminin et une volonté de recruter systématiquement au moins une femme à chaque ouverture de postes. De la discrimination positive ? « Je ne ferai jamais ça » répond Élisabeth Moreno, du tac-au-tac. « Parce que ce serait contre-productif. Je préfère embaucher que des hommes plutôt que des femmes incapables, incompétentes. » Elle l’assure, elle ne cherche ni à mettre mal à l’aise ses salariés masculins, ni à recruter des femmes pour des femmes. Elle veut une égalité des chances de réussite dans sa société. « Et je veux que mon entreprise ressemble à mes clients. Ils sont divers dans le genre, dans la race, dans la religion. Je veux qu’ils s’intéressent à nous parce qu’on leur ressemble. »

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