La pénurie de médecins généralistes s’aggrave

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La pénurie de médecins généralistes s’aggrave

Le rapport annuel du Conseil de l’ordre des médecins révèle ce jeudi une nouvelle baisse du nombre de généralistes.

Ca s’aggrave docteur ! Selon le Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom), qui publie ce jeudi son 11e Atlas démographique, le nombre de généralistes a encore reculé en France en 2016, et ce « de façon préoccupante », a souligné le président du conseil, Patrick Bouet. Le nombre des omnipraticiens est ainsi passé de 88 886 en 2015 à 88 137 l’an dernier, « alors même que la population augmente dans 45 départements», s’alarme le Conseil de l’Ordre.

 

Cette baisse du nombre de généralistes « affecte la quasi-totalité de nos territoires ; on la constate dans 93 de nos départements », note le Cnom, y compris à Paris qui a perdu 20% de ses médecins, notamment du fait de loyers très élevés, et en Ile-de-France où, constate l’Atlas, « chaque département perd des effectifs » ! En cette Saint-Denis, c’est moins 2% en un an !

 

Un plan présenté vendredi. Un chiffre qui tombe à point nommé puisque le Premier ministre, Edouard Philippe, et sa ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, présentent vendredi, le plan gouvernemental pour lutter contre les déserts médicaux, moins prosaïquement dénommé « Plan pour l’égal accès aux soins dans les territoires ». On s’étonnera au passage que ce soit le Premier ministre qui présente ce – nouveau – dispositif qui semble vouloir faire la part belle aux maisons de santé, dont le ministère veut voir doubler le nombre à brève échéance.

 

Echec des incitations financières. A la veille de cet événement organisé à Châlus, petite commune isolée de Haute-Vienne, située entre Limoge et Périgueux, le Conseil de l’ordre en profite pour égratigner les politiques mises en place. « Face à ces disparités territoriales et à cette baisse généralisée, la définition en 2012 de zones déficitaires par les ARS et les mesures qui leurs sont liées n’ont pas eu d’impact. La quasi-totalité des installations des médecins généralistes ont eu lieu en dehors de ces zones », peut-on lire dans l’Atlas. Ces mesures consistaient, pour l’essentiel, en incitations financières.

 

Inefficace recours aux étrangers. Autre mise en garde cette fois contre le recours aux médecins étrangers, solution favorisée un temps par bon nombres d’élus ces dernières années. Selon le Conseil de l’ordre qui a étudié les flux migratoires, ces médecins qui ont obtenu leur diplôme hors des France (45% dans un pays de l’Union européenne), sont aujourd’hui au nombre de 22169 en activité régulière sur le territoire, ce qui représente 11% des effectifs. Cependant, conclut l’Ordre, sur ce chapitre, « contrairement à une idée largement répandue, cette population n’est pas une réponse aux difficultés territoriales d’accès aux soins. Cette étude montre que ces médecins étrangers, quelle que soit leur nationalité, et à l’instar de leurs confrères français, ne s’installent pas dans les zones définies comme déficitaires par les ARS ». Patrick Ebouet parle même de « prime négative pour les départements en difficulté ».

 

Qualité de vie d’abord. En réalité, les jeunes médecins ont préféré les régions attractives en termes de qualité de vie. Ces cinq dernières années, ils ont boudé les Ardennes, la Haute-Marne et la Nièvre, mais sont 33% de plus dans le Morbihan, 28% de plus en Loire-Atlantique, 29% de plus en Savoie.

 

De plus en plus de temps partiels. Enfin, plus globalement, si le nombre de médecins – spécialistes compris – a augmenté en France de 1,8% en 2016 et de 15% en dix ans (ils étaient 290 974 au 1er janvier 2017), la proportion des professionnels exerçant une activité régulière recule de 10 points depuis 2007 pour atteindre 68% en 2017, soit 197 859 médecins. Cette hausse en trompe l’œil est due à une forte proportion des médecins retraités qui poursuivent leur activité, et à une forte féminisation qui se traduit par une hausse des temps partiels. Autre élément inquiétant qui va compliquer la tâche des autorités, les nouveaux venus dans le métier sont plus attirés par le salariat que par l’activité libérale. Or, un médecin salarié travaille moins qu’un libéral : environ 35 heures contre 50 à 56 heures pour le médecin de ville qui prend par ailleurs moins de vacance. Cette évolution pose donc le problème du temps médical disponible pour la population concernée. Les maisons de santé sont une réponse, mais elles coûtent cher en charges et ne font pas toujours le plein.

Daniel Rosenweg  leparisien.fr

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