Agression à Vendin-le-Vieil: Ganczarski, un détenu « filou », proche de Ben Laden

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Agression à Vendin-le-Vieil: Ganczarski, un détenu « filou », proche de Ben Laden

Incarcéré dans cette prison du Pas-de-Calais, l’Allemand de 51 ans, proche d’Al-Qaïda, a agressé jeudi à l’arme blanche quatre surveillants pénitentiaires.

Dans l’aile qui mène aux huit cellules à l’isolement, un détenu frappe à sa porte. Il est 15h30 ce jeudi lorsque Christian Ganczarski, un Allemand condamné pour « complicité » dans l’attentat de Djerba (Tunisie) en 2002, sollicite un appel téléphonique. Voilà près de trois ans qu’il est incarcéré à la prison réputée ultra-sécurisée de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Les surveillants ne soupçonnent rien: l’islamiste de 51 ans appelle presque quotidiennement son épouse, « une femme toujours voilée jusqu’aux pieds » qui lui rend parfois visite au parloir. 

Mais tous les postes téléphoniques sont occupés. Le grand gaillard à la barbe fournie retente sa chance une demi-heure plus tard. Les surveillants Stéphane, David, Ahmed et Sébastien sont chargés de l’escorter. Mais à peine ont-ils ouvert la porte de sa cellule que Christian Ganczarski « se jette sur les quatre collègues, avec un couteau de cantine à la main droite, et la moitié d’un ciseau à bouts rond avec la main gauche », relate Grégory Strzempek, délégué syndical à Vendin-le-Vieil. D’après les témoins, il hurle « Allah Akbar [Dieu est grand]« . Avant d’être maîtrisé, il atteint l’un des gardiens au cuir chevelu, un autre au niveau du cou -près de la carotide- et le troisième au plexus. Christian Ganczarski est toujours en garde à vue ce vendredi. 

Un appel téléphonique au coeur de l’enquête

Alors que la section antiterroriste du parquet de Paris a ouvert une enquête, les enquêteurs s’interrogent sur ses motivations. Volonté de commettre un attentat ou manoeuvre fallacieuse? L’homme était libérable dès le 24 janvier prochain. Mais les États-Unis ont formulé récemment une demande d’extradition: ils souhaitent interroger cet ancien cadre d’Al-Qaïda sur ses liens avec les concepteurs des attentats du 11 Septembre 2001. Une perspective qui terrifiait l’intéressé.  

« Il ne voulait pas en entendre parler, affirme Wilfrid Szala, surveillant à Vendin et délégué FO-pénitentiaire. Nous avons eu des échos selon lesquels il fallait se méfier de lui, qu’il préparait un mauvais coup. » 

L’homme, réputé « tranquille », n’est à l’isolement que depuis vendredi dernier. Selon une source syndicale, c’est un appel téléphonique écouté par un surveillant pénitentiaire qui a poussé la direction à prendre une telle mesure. Christian Ganczarski y explique à sa femme qu’il connaît un détenu qui a agressé des surveillants pour rester en France. Cette dernière lui aurait alors répondu qu’elle préférait « le voir en France plutôt qu’aux États-Unis », où il risque une longue peine. Contactée, l’administration pénitentiaire (AP) ne dément pas l’existence de cet échange. Elle évoque « des éléments factuels et étayés » justifiant des « mesures de sécurité ». « Avant cela, il n’était pas connu pour être particulièrement violent ou problématique », précise l’AP. 

« Filou et manipulateur », « religieux mais pas prosélyte »

À Vendin-le-Vieil, les témoignages des fonctionnaires font état d’un homme « un peu filou et manipulateur » mais « ouvert au dialogue ». D’un détenu qui s’exprime « de façon exubérante avec un accent allemand », « religieux mais pas prosélyte ». L’homme passe ses journées à « lire », à faire du « scrapbooking » (du collage d’images) et à travailler en tant « qu’auxiliaire d’entretien » pour empocher quelques euros dépensés aussitôt à la cantine. Sa dernière cellule était située dans la même aile que celle de Lionel Dumont, célèbre terroriste membre du « Gang de Roubaix ». « Ils aimaient boire le café ensemble dans leur cellule », relate un surveillant. 

Allemand d’origine polonaise, le quinquagénaire converti à l’islam n’a pas de liens avec la France. Il aurait même pu ne jamais y séjourner. En 2002, la justice française ouvre une enquête sur l’attentat-suicide contre la synagogue de Djerba car deux Français figurent parmi les 19 victimes. Dans ce dossier, des écoutes téléphoniques ont permis de démontrer que Christian Ganczarski a accordé sa bénédiction au kamikaze par téléphone, depuis l’Allemagne, quelques heures avant l’explosion. « Dieu te récompensera », lui dit l’islamiste, qui jouit d’une aura depuis son adhésion à Al-Qaïda. Mais, comme le raconte Le Monde, la justice allemande ne le poursuit pas: ne disposant pas, à l’époque, d’infraction adéquate pour réprimer les liens d’un individu avec les groupes terroristes à l’étranger, elle estime que cette écoute ne constitue pas une charge suffisante. 

« Avec lui, tout pouvait déraper très vite »

Christian Ganczarski en profite pour se faire la malle en Arabie Saoudite. Faute de visa et en raison de son profil « dangereux », il est expulsé l’année suivante vers l’Allemagne mais à bord d’un vol qui fait escale à Roissy. Sur commission rogatoire du juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, les policiers français en profitent pour l’interpeller à sa descente d’avion. Le code pénal français permet de le juger pour « complicité » intellectuelle de l’attentat et « association de malfaiteurs terroriste ». D’autant que ni l’Allemagne, ni la Tunisie ne réclament son extradition. « Lorsque je l’ai mis en examen, il m’est apparu très buté, agressif et hostile, se souvient le magistrat, interrogé par L’Express. C’est quelqu’un doté d’une incroyable violence interne et d’incontestablement intelligent. Il fait partie des cinq terroristes qui m’ont le plus marqué dans ma carrière. » 

Incarcéré dès 2003, l’Allemand est condamné à 18 ans de prison en 2009. « L’enquête que j’ai conduite a permis de découvrir qu’il avait eu des contacts directs avec Ben Laden et Cheikh Mohammed [anciens chef et numéro 3 d’Al-Qaïda]. Il a séjourné une dizaine de fois en Afghanistan et au Pakistan auprès d’Al-Qaïda et était spécialisé dans l’électronique », poursuit Jean-Louis Bruguière.  

L’ancien juge l’assure, l’agression de Vendin « ne [l’]étonne pas »: « Avec Ganczarski, tout pouvait déraper très vite. » 

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