Politique : quelles oppositions après la fessée collective ?

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Quand on passe en revue la (longue) liste des députés battus aux législatives, on ne peut tirer aucune leçon particulière puisque, d’une circonscription à l’autre, les camps les plus opposés ont reçu une fessée singulière ou obtenu des sauvetages inexplicables rationnellement. Il n’y avait pas une « bonne » ou une « mauvaise » manière de se comporter sous le quinquennat précédent. Tout un monde a été emporté sans discernement.

Prenons le premier cas : vous étiez comme Christian Paul, un frondeur de François Hollande, attaquant de la première heure, hérissé par le pacte de responsabilité, vous vous pensiez, comme Laurent Baumel, Pascal Cherki, Mathieu Hanotin, Benoît Hamon ou Aurélie Filippetti, le représentant de la « vraie gauche », celle qui serait restée fidèle au « discours du Bourget »… Rien n’y fait. Les électeurs de gauche vous ont snobé ; vous quittez l’Assemblée nationale. Très peu de survivants chez les frondeurs au sein du groupe PS dans la nouvelle assemblée : Régis Juanico (élu à 23 voix près), Laurence Dumont (contre le juge Halphen), Delphine Batho…

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Touraine et Le Foll, pile et face

Le cas inverse est tout aussi vrai : la loyauté à la ligne gouvernementale n’a pas non plus été payante et, là, ce sont des centaines de députés « hollandais », discrets, qui ne se sont jamais rués sur les micros et les caméras, qui ont parfois avalé des couleuvres silencieusement, que le suffrage a balayés. Des exceptions là aussi : Marie-Noëlle Battistel sauve le seul siège PS dans l’Isère grâce à une « remontada » de 10 000 voix entre les deux tours.

L’absence d’un candidat En marche ! ne garantit pas l’élection des socialistes épargnés par Macron. Ainsi, Marisol Touraine, l’ancienne ministre de la Santé, subit une défaite en Indre-et-Loire en dépit de la protection macronienne. En revanche, son camarade à l’Agriculture, Stéphane Le Foll – hollandais pur jus s’il en est, mais lui aussi sans candidat En marche ! – sauve son siège dans la Sarthe, ancien fief de François Fillon.

Le vallsisme : gagnant et perdant

L’étiquette « vallsiste » – si tant est qu’elle veuille encore dire quelque chose – ne préserve de rien : Malek Boutih est sèchement battu dans l’Essonne et le sénateur Luc Carvounas est élu pour la première fois à l’Assemblée nationale. Deux visages de ce qui fut le « vallsisme » au sort totalement opposé. Manuel Valls, préservé par Macron (après une longue lutte au sein du gouvernement), passe tout juste à 129 voix dans un contexte chahuté… Quelle leçon en tirer ? Pour le loger dans quel camp ? Difficile à dire.

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Chez Les Républicains, ce n’est pas mieux : sarkozystes, juppéistes, fillonistes historiques, tous comptent leurs chers disparus. Chez les fillonistes, défaite de Jean-François Lamour, d’Isabelle Le Callennec et de Dominique Dord, mais Valérie Boyer sauve son siège dans les Bouches-du-Rhône comme Annie Genevard dans le Doubs. Chez les juppéistes, Gilles Boyer ne parvient pas à rejoindre l’Assemblée nationale. Chez les sarkozystes… Mais qui est « sarkozyste » ? Qu’est-ce que cela signifie vraiment ? On ne sait encore comment se répartiront ses ouailles entre les prochains leaders de la droite qui, en coulisses, préparent tous désormais une initiative politique pour s’imposer.

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La droite disloquée ?

Quelques figures émergent de ce chaos : Éric Ciotti, sur un positionnement libéral et identitaire, sauve son siège à Nice. Christian Jacob, le chef du groupe LR sous l’ancienne législature, garde son fief de la Seine-et-Marne. Éric Woerth, réélu, peut désormais envisager de se positionner pour prendre la présidence de la commission des Finances (Gilles Carrez, le président sortant est réélu). À noter que le non-cumul des mandats a retiré de la compétition nationale quelques personnalités célèbres : Jean-François Copé s’est replié sur sa ville de Meaux, Christian Estrosi sur sa ville de Nice

Les députés LR préservés par Emmanuel Macron vont faire leur retour à l’Assemblée : Thierry Solère en tête, suivi de Franck Riester ou de l’UDI Yves Jégo. Mais tout semble indiquer que les « constructifs » se distingueront à l’avenir du groupe LR en constituant leur propre formation parlementaire… Où faut-il les compter ? Dans la majorité, a priori. Normal dans ce cas qu’ils échappent au grand coup de balai qui a donné au président Macron un groupe fort de 308 députés, sans compter les 42 députés du MoDem.

Bref, la recomposition de la classe politique n’est pas achevée et ne permet pas encore, sauf aux extrêmes (France insoumise et FN), de situer clairement les visages de l’opposition. Entre les convulsions à venir du PS moribond et des LR chahutés, le paysage politique sort traumatisé par la grande fessée collective administrée par les électeurs. Il faudra sans doute attendre que l’orientation politique du quinquennat Macron se dessine réellement pour que les oppositions renaissent, s’affinent et construisent une alternative. Pour l’instant, on panse les plaies…

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