Education : la coupe (budgétaire) est pleine

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Education : la coupe (budgétaire) est pleine

Réforme discréditée, puisqu’on taille par avance dans les effectifs des professeurs, comme le montre la réduction sensible des postes aux concours de l’enseignement, avant même de tirer des conclusions des consultations préalables à la dite réforme; les dés sont donc pipés. Le signal est clair, la priorité n’est pas la pédagogie, mais l’économie budgétaire. Le ministère fait de la com en disant qu’on réduit les postes dans des matières qui ont du mal à faire le plein, mais il oublie de dire qu’il taille aussi dans des matières qui ne peinent pas à recruter, comme les SVT, l’histoire-géographie ou encore les SES  [sciences économiques et sociales] dont pourtant un rapport récent disait son importance.

Jusqu’à présent, le ministre Blanquer  a su naviguer sans encombre sur les eaux souvent  tumultueuses de l’éducation nationale. On ne compte plus les papiers élogieux, et au minimum bienveillants à son encontre; « Blanquer l’humaniste », mais ce papier du Monde rappelle davantage d’où il vient. Appliquant les préceptes de son président, il a su donner l’illusion que réformer l’éducation pouvait se faire sans références idéologiques, sans choix politiques significatifs, et  que seul le bon sens suffisait. Pour crédibiliser cette fable, on met les neurosciences à toutes les sauces. Il a pratiqué le « en même temps » qui brouille les repères, pour faire oublier un ancrage qui commence à apparaître clairement. On a certes dans des classes (pas toutes les classes) de CP divisé les effectifs par 2, ce qui pourrait a priori contenter un électorat progressiste. En revanche, il a faussement laissé croire qu’on pratiquait la méthode globale pour apprendre à lire, et il dit que le redoublement ne sera plus aussi exceptionnel (il est vrai que la démagogie de la précédente ministre était allée loin), et qu’il allait muscler le bac, cela contente un électorat conservateur.

Prenons un peu de hauteur. Le gouvernement prend beaucoup de mesures, mais si on regarde les plus importantes, celles qui vont impacter le plus la vie des français, on voit bien qu’elles sont d’inspiration libérale. On demande des efforts à ceux qui bénéficient des APL, mais on fait de gros cadeaux fiscaux (réforme de l’ISF, taxation allégée sur le capital) aux pseudo premiers de cordées, censés tirer tout le monde vers le haut. Mais surtout, en réformant le code du travail, et bientôt l’assurance chômage, on va précariser les plus fragiles. Le gouvernement a acté, sans chercher à infléchir réellement la situation, que « la mondialisation est heureuse » (selon le titre d’un fan du président) ou si on préfère favorable aux producteurs de symboles, à une partie qualifiée de la population active, et qu’elle fragilise les travailleurs routiniers (pertes d’emplois liées au recul de l’industrie).  Les emplois mal rémunérés vont se multiplier. Dans la lignée de ce qu’on a vu en Allemagne et en Angleterre avec des sociaux libéraux (encore une confusion entretenue entre politique de gauche et de droite), à savoir une montée des inégalités, une culpabilisation de ceux qui peinent,  et surtout pas de remise en cause profonde de la répartition des richesses, la France sous un discours pseudo moderniste entérine des régressions [édifiant texte ici de Michel Husson].  Il suffit de décliner ce credo à l’éducation nationale. La priorité n’est pas de faire progresser la méritocratie, de réduire les inégalités, c’est de faire comprendre qu’il faut sélectionner les jeunes (sans trop le dire) et il faut qu’ils comprennent  eux et leurs parents que s’ils ne réussissent pas, c’est qu’ils n’ont pas l’étoffe de premier de cordée. Au contraire, leur poids pénalise le dynamisme de l’ensemble. Traduisons, il faut que le bac coûte moins cher, il faut une réforme qui allégera les coûts du lycée, ce qui permettra de réduire les dépenses et les impôts de ceux qui devraient en payer plus. On réduit ainsi le nombre de recrutements, et accessoirement moins recruter des professeurs de SES qui aident à comprendre les enjeux contemporains et développent l’esprit critique des élèves ne peut que séduire les promoteurs de ces réformes.

Espérons que cela conduira une partie du corps enseignant à dire que la coupe (budgétaire) est pleine, et ces choix mauvais pour la cohésion sociale. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Si le populisme progresse dans tant de pays, c’est en grande partie parce que les élites au pouvoir ne savent pas répondre suffisamment aux aspirations populaires. L’éducation ne peut être une simple variable d’ajustement économique au service d’un projet libéral, forcément moins caricatural que celui de Trump comme avec sa baisse spectaculaire des impôts. Il ne suffit pas de citer John Rawls ou encore les capabilités chères à Amartya Sen pour mener une politique capable de vraiment réduire les inégalités sociales.

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