Hollande : le quinquennat en demi-teinte d’un président « normal »

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Au terme de cinq années d’exercice du pouvoir, marquées par les pires attentats que la France ait connu, François Hollande aura subi une impopularité record. Retour sur un quinquennat en demi-teinte.

Inefficacité des politiques de lutte contre le chômage, choix fiscaux (CICE) ou sociaux (loi travail) critiqués par l’aile gauche du PS, leadership contesté… François Hollande a connu une impopularité record,

Le président sortant a pourtant connu quelques succès, de l’adoption de la loi sur le mariage pour tous à la Conférence climat qui s’est tenue à Paris fin 2015.

Retour sur le quinquennat en demi-teinte de l’ancien député de Corrèze, qui quittera l’Élysée le 14 mai 2017 au plus tard.

Négatif

• Le « président normal » le plus impopulaire de la Ve République

Celui qui voulait être un « président normal » a battu tous les records d’impopularité durant son quinquennat, son taux d’approbation tombant à seulement 4 % de personnes satisfaites en octobre 2016. Sa cote est remontée brièvement après les attentats de Paris en novembre 2015, puis recemment avec l’annonce qu’il ne briguerait pas un second mandat, pour s’établir en fin de mandat autour de 14  %.

L’image présidentielle a également pâti des épisodes liés à la vie privée du chef de l’État, séparé en 2014 de son ex-compagne Valérie Trierweiler, qui n’a pas manqué de lui faire du tort par la publication de « Merci pour ce moment », son best-seller relatant sa relation puis sa rupture avec le président, dans lequel elle l’accuse notamment de traiter de « sans-dents » les gens de condition modeste.

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Le procès en autorité du chef de l’État n’a jamais cessé, encore aggravé à l’automne dernier par la publication d’un livre de confidences à des journalistes du Monde, « Un président ne devrait pas dire ça », qui a horripilé nombre de ses soutiens par son manque de retenue.

• Un parti socialiste atomisé

Après des défaites électorales répétées – « vague bleue » aux élections municipales et perte du Sénat en 2014, cinq régions sur 13 « sauvées » par le PS aux régionales fin 2015 -, la « synthèse » chère à François Hollande a laissé la place à la balkanisation à gauche.

Des politiques économiques et sociales décriées par l’aile gauche du parti socialiste ont poussé les « frondeurs » – Arnaud Montebourg et Benoît Hamon entre autres – à quitter le gouvernement, fragilisant encore un peu plus une majorité déjà impopulaire.

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À l’issue du quinquennat Hollande, le PS ne s’est même pas qualifié pour le second tour de la présidentielle et a perdu une partie de son électorat qui s’est tourné au centre vers Emmanuel Macron ou à l’extrême gauche vers Jean-Luc Mélenchon. Fort de ses 19,58 % au premier tour, trois fois plus que le candidat PS Benoît Hamon, le chantre de La France insoumise a fait de son mouvement le principal pôle d’opposition de gauche au détriment du parti de François Hollande, désormais moribond.

• État d’urgence et déchéance de nationalité : incompréhension à gauche

Le quinquennat de Hollande a été meurtri par une série d’attentats jihadistes d’une ampleur inédite en France : Charlie Hebdo et l’HyperCacher en janvier 2015, les attentats de Paris, au Bataclan notamment, et de Saint-Denis le 13 novembre 2015, la promenade des Anglais à Nice le 14 juillet 2016, parmi les plus meurtriers.

L’état d’urgence, mis en place en novembre 2015, a été prolongé jusqu’au 15 juillet 2017. Cette prolongation a suscité l’opposition de plusieurs dizaines de députés de gauche, qui y ont vu une entrave à la liberté des citoyens.

>> À lire sur France 24 : « Amnesty international pointe du doigt la France en matière de droits humains »

Le projet d’inscrire la déchéance de la nationalité dans la Constitution, envisagé après les attentats de novembre 2015, a quant à lui provoqué l’émoi d’un « peuple de gauche » déjà divisé ainsi que le départ de la ministre de la Justice, Christiane Taubira.

>> À lire sur France 24 : « Le Sénat enterre la déchéance de nationalité »

Au cours d’une allocution début décembre 2016, au cours de laquelle il a annoncé qu’il ne briguerait pas de second mandat, François Hollande a d’ailleurs admis n’avoir « qu’un seul regret », « avoir proposé la déchéance de nationalité ».

• Baisse du chômage et du déficit, croissance : le miracle n’a pas eu lieu

À peine arrivé au pouvoir, François Hollande s’était fixé un ultimatum : sans « inversion » de la courbe du chômage, qu’il imaginait au départ fin 2013, il ne saurait briguer un second mandat. Mais le chômage a continué d’augmenter jusqu’à toucher 3,85 millions de personnes en février 2016. Le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A (sans aucune activité) connaît cependant une inflexion à la baisse depuis 2016.

>> À voir sur France 24 : « Le chômage a eu raison de François Hollande »

Sur le plan économique, malgré des taux d’intérêt historiquement bas, le recul de l’euro face au dollar et la chute des prix du pétrole, le miracle n’a pas eu lieu. Depuis quelques mois, le président assure que la France est sortie de l’ornière avec le retour de la croissance et le recul des déficits.

Pas d’embellie réelle, pourtant, du côté de la croissance économique, qui a péniblement atteint 1,1 % en 2016, après 1,2 % en 2015, et devrait rester inférieure à la moyenne de la zone euro. Le déficit public ne devrait revenir sous la limite européenne de 3 % du PIB qu’au plus tôt fin 2017.

• Ras-le-bol fiscal

La baisse des prélèvements sur les entreprises, entamée en cours du quinquennat avec le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) et le Pacte de responsabilité, a permis d’améliorer les marges des entreprises, amputées par la crise, mais le décollage espéré de l’investissement et de l’emploi est encore timide. De plus, le CICE a pu être vu comme un cadeau sans contrepartie fait aux entreprises.

D’après l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), les entreprises ont ainsi bénéficié de 20,6 milliards d’euros d’allégements des prélèvements obligatoires sous le quinquennat. Alors que, à l’inverse, les ménages ont vu les leurs augmenter fortement, à hauteur de 35 milliards d’euros. Une hausse des impôts qui a généré un « ras-le-bol fiscal » et a braqué nombre d’électeurs de la classe moyenne.

• Loi travail et 49-3

L’absence de succès économiques rapides, les choix fiscaux favorables aux entreprises, une réforme bancaire jugée trop timorée et la volonté d’assouplir le droit du travail ont provoqué une scission de plus en plus marquée entre l’aile gauche du Parti socialiste et les soutiens de l’exécutif.

Le gouvernement s’est heurté à cette contestation quasi permanente sur de nombreux projets de loi, au point de pousser le Premier ministre, Manuel Valls, à utiliser l’article 49-3 de la Constitution pour faire adopter sans vote deux réformes économiques et sociales : les lois dites Macron et El Khomri (Loi travail).

>> À lire sur France 24 : « Loi travail : paroles de manifestants dans le défilé parisien »

Une absence de concertation qui a terminé de dresser nombre de syndicats contre un président qui avait fait du dialogue social une promesse de campagne.

Positif

• Conférence climat

Principale conférence diplomatique d’envergure organisée sous la mandature de François Hollande, la Conférence de Paris sur le climat a été un succès. En décembre 2015, l’accord de la COP21 a été signé, pour la première fois, par 195 pays qui se sont accordés pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.

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Après l’échec cuisant de la COP de Copenhague en 2009, l’accord arraché en 2015 est ambitieux. Il propose de maintenir le réchauffement climatique « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels » et de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C ».

• Mariage pour tous

C’est, au plan sociétal, la grande réforme de gauche du quinquennat. Adoptée en deuxième lecture à l’Assemblée nationale le 23 avril 2013, la loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels a été votée au terme de quinze mois de mobilisation des opposants au texte, rassemblés sous la bannière de « La Manif pour tous ». Les débats autour de cette mesure se sont faits dans un climat tendu et ont révélé les divisions de l’opinion sur la question.

Mais, davantage que le chef de l’État, c’est la ministre de la Justice Christiane Taubira qui a porté la réforme à bout de bras et dont le nom restera attaché au texte.

• Généralisation du tiers payant

La Loi santé de 2016 devrait permettre la généralisation progressive du tiers payant chez les médecins – après les pharmacies, les laboratoires de biologie et les infirmiers libéraux. Cette mesure devrait entrer plus largement en vigueur au 1er décembre 2017.

Elle permet aux patients d’être dispensés d’avance de frais lorsqu’ils iront consulter un professionnel de santé libéral : la part remboursable par l’Assurance maladie sera directement prise en charge par cette dernière via la carte vitale. Là encore, c’est l’une des mesures de justice sociale du quinquennat, qui a cependant suscité une forte opposition des médecins.

• 60 000 postes dans l’Éducation

Objectif atteint : comme promis par le candidat Hollande, après les 80 000 postes supprimés sous Nicolas Sarkozy, 60 000 postes ont été créés dans l’éducation pendant le quinquennat qui vient de s’achever. Le ministère de l’éducation nationale a en effet annoncé, fin septembre 2016, la création de 12 800 postes en 2017, auxquels il faut ajouter les 47 200 emplois déjà créés depuis 2012.

Attention cependant, tous les postes créés ne correspondent pas à des enseignants titulaires en plus dans les classes. « Dans l’éducation nationale, près de la moitié des nouveaux moyens (26 000) sont en réalité des postes de stagiaires, dont le nombre est dû au rétablissement de l’année de formation en alternance que la droite avait supprimée en 2007 », détaille Le Monde.

• Hollande l’Africain

C’est sur la scène internationale, et notamment sur le continent africain, que François Hollande a endossé et conservé les habits de « chef de guerre ». D’abord lors de l’intervention de l’armée française au Mali en janvier 2013, pour endiguer l’avancée des groupes djihadistes qui menaçaient de prendre le contrôle de tout le pays.

Baptisée « opération Serval », cette intervention, qui s’est achevée en juillet 2014, a permis d’améliorer la situation sécuritaire au Mali et de renforcer le gouvernement. Depuis, l’opération Barkhane, chapeautée par l’armée française en collaboration avec les États du Sahel, a pris le relais.

En décembre 2013, la France a lancé une intervention militaire en République centrafricaine à l’appel du président François Bozizé, pour faire face à la menace de la rébellion Seleka. Comptant jusqu’à 2 000 soldats français, l’opération « Sangaris » s’est terminée à l’automne 2016.

Avec AFP

 

 

 

Première publication : 07/05/2017

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